Octobre en slip
Je prenais mes jambes à mon cou, encore une fois… Les voitures bien alignées sur leurs emplacements tachés d’huile, déclinaient autant de couleurs que mes foulées avaient de pas.
Laquelle pourrait m’accueillir sous sa carrosserie encore chaude ? Laquelle m’épargnerait du martinet ?
Je m’égratignais le dos, les coudes et les talons sous un 4×4 que je voyais pour la première fois.
Imposant et rassurant, il me protégerait de l’homme qui arrivait doucement, sûr de lui, accompagné du bruit des savates et d’un sourire à la voisine qui tenant son rideau du bout du doigt me scrutait d’un oeil.
Etendu sur le macadam graisseux, noir de vidanges sauvages, j’aurais voulu que le moteur résonne et m’emporte, me fasse glisser jusqu’à l’immensité de la mer.
Je me rappelais qu’au bout de la rue, il restait deux ou trois chaises auxquelles j’avais arraché des barreaux, j’avais matraqué dur le dos d’un rival de la rue d’à côté – le vieux n’échapperait pas à ma colère, j’attraperais le dernier bâton – bois contre bois, à armes egales. J’étais sûr de vaincre, si ce froid qui avait eu raison de ma peur ne me contraignait à céder à la voix de mon père.

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